|
|
La Gestion du Foncier -- Les conflits entre agriculteurs
et éleveurs
Articles parus dans JJ (Journal du Jeudi) n° 568 du 8
au 13 août 2003
Conflits agriculteurs-éleveurs/Le Blues infernal (1ère partie)
Farakorosso, 19 juillet 2002. Une bagarre éclate entre un éleveur peul et
un jeune autochtone komono. Ce dernier est blessé à la machette par son
vis-à-vis. Transporté au Centre sanitaire et de protection sociale (CSPS) de
Mangodara, puis au bloc opératoire de Banfora, sa vie a pu être préservée.
Mais l'incident aura déclenché chez des autochtones Komono qui se sont vengés
en brûlant des campements peuls. Plusieurs dizaine de bêtes (moutons, bœufs),
périr ainsi et l'on a dénombré plus de 80 enfants sinistrés, au côté d'une
soixantaine d'adultes. Au-delà de la passion vengeresse des komono et du drame
humain des peuls, on assure que la bagarre qui a mis le feu au poudre à
Farakorosso, localité située à une vingtaine de kilomètres de Mangodara, n'est
pas un épisode des traditionnels conflits qui opposent notamment dans la région
sud-ouest du Burkina, les agriculteurs et les éleveurs. De l'avis de Youssouf
Diallo, Secrétaire général de la section provinciale du Syndicat des éleveurs du
Burkina dans la Comoé, les komono sont un peuple pacifique, avec lequel les
peuls n'ont pas de problème de coexistence.
Même si ces événements ne sont que de regrettables incidents sans rapport
avec le blues d'amour-haine qui rythme le quotidien des agriculteurs et des
éleveurs, on ne peut pas s'empêcher d'évoquer cette entente introuvable entre
les deux communautés. D'autant que les pouvoirs publics semblent impuissants,
voire passifs, face à ces événements qui n'arrêtent pas de se perturber,
entraînant chaque fois de fatales représailles contre des éleveurs. On cite
ainsi, par exemple, les conflits de Mangodara qui ont fait 7 morts en 1995 et 2
morts en avril 2001, il y a aussi les 6 éleveurs tués à Kankounadéni en juin
2001.
On avait déjà déploré plusieurs morts parmi les éleveurs du Sud-Ouest
burkinabé au cours des conflits survenus à Samarogouan et Sikarola en 1994 et
1995.
Aujourd'hui, le ras-le-bol est total au sein de la communauté des éleveurs
peuls. Ce ras-le-bol s'est d'ailleurs traduit par une menace de marche de
protestation, le 25 janvier dernier, pour s'indigner contre le fait que des
actes pénalement répréhensibles restent impunis. Selon le secrétaire
général du Syndicat des éleveurs de l'ouest du Burkina, section de la Comoé,
cette menace a été suivie d'une vague d'arrestation, mais les personnes arrêtées
ont toutes été remises en liberté quelques mois plus tard pour des raisons
inconnues.
Il y a donc lieu d'opérer une véritable halte sur cette question de société
qui empoisonne gravement et durablement les relations entre deux communautés
pourtant interdépendantes et dont les activités concourent toutes à
dynamiser l'économie nationale. En réalité, il est urgent de trouver une réponse
politique à ce problème récurrent, au risque de compromettre encore plus
gravement les chances de conclure l'indispensable modus vivendi entre les deux
parties qui se regardent plus que jamais en chiens de faïence. S'il est vrai que
cette question revient invariablement sur la table à l'occasion des journées
nationales du paysan, cadre politique où le chef de l'Etat indique clairement
son attachement au développement de l'agriculture et à la promotion des acteurs
de la terre, il est aussi temps qu'une issue définitivement heureuse et
concertée soit trouvée à ce mal sociétal.
En effet, les éleveurs peuls se sentent frustrés de la quasi-indifférence qui
accueille leurs doléances. Dans une lettre adressée, le 19 décembre 1986, au
camarade président du CNR, président du Faso, pour solliciter une audience, la
section ouest du syndicat des éleveurs du Burkina note que certains cultivateurs
interdisent des zones de pâture aux bergers en les menaçant ou en fermant
délibérément les zones de passage des troupeaux conduisant aux points d'eau.
Comment gérer cette question de zones de pâture et de points d'eau qui constitue
le point nodal des accrochages violents entre les deux communautés? La question
mérite, assurément d'être tranchée.
Signé JJ.
Retour
|
|
|