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La Gestion du Foncier -- Les conflits entre agriculteurs et éleveurs


Articles parus dans JJ (Journal du Jeudi) n° 569 du 14 au 21 août 2003

Conflits agriculteurs-éleveurs/Le Blues infernal (2ème partie)

La semaine dernière, le Dromadaire vous a proposé la première partie des traditionnels conflits qui opposent agriculteurs et éleveurs, notamment dans la région du sud-ouest du Burkina. Un paradoxe dans un pays dont la paix sociale et l'hospitalité légendaire font le bonheur des étrangers. Hélas, les fait sont têtus (lire «repères'' en encadré).

A en croire le syndicat des éleveurs du Burkina, c'est pour avoir demandé un peu d'eau à un puits pour remplir sa gourde vide qu'un berger a été fusillé sans autre forme de procès, le 3 décembre 1986 dans le village de Nomousso. Maître d'œuvre de ce règlement fatal, le fils d'un nommé Koufassé, cultivateur bien connu pour ses menaces contre les éleveurs et qui exécutait l'ordre de son père. Battu par les éleveurs à l'enterrement du berger, Koufassé père décéda ensuite au service médical de Sidéradougou. En représailles, une attaque générale fut décidée et une chasse à l'éleveur s'ensuivit, faisant 8 morts et plusieurs disparus. Plus grave, écrit le syndicat, les éleveurs sont agressés et tués par les agriculteurs ceux qui ne sont pas tués sont désarmés et arrêtés par la gendarmerie. On aurait même abattu à cette époque un vieux peul, Moussa Diallo, alors qu'il se rendait tranquillement à la mosquée de Sidéradougou pour la prière de vendredi.

Le fait est que ces événements de 1986 ne sont pas restés un lointain souvenir. Les différents conflits qui ont jalonné les années 90 dans la région attestent que la menace persiste. Les chefs coutumiers peuls du Burkina ont d'ailleurs adressé une correspondance datée du 21 juillet 2001 au président du Faso sur la situation sécuritaire des éleveurs peuls et l'avenir de l'élevage dans notre pays. En rappelant les dates et les chiffres de ces dérapages restés impunis, les chefs coutumiers ont aussi fait remarquer que la situation a débordé le cadre ordinaire des altercations entre éleveurs et agriculteurs pour emprunter dangereusement la voie d'une extermination ethnique.

A l'appui de cette affirmation, les signataires de la lettre au chef de l'Etat assurent que cette extermination est le fait d'un groupe armé se réclamant d'une association de dozos (chasseurs traditionnels). Aussi demandent-ils que les auteurs des crimes et spoliations qui qu'ils soient répondent de leurs acteurs devant la justice conformément à la loi. Les chefs coutumiers souhaitent aussi que les victimes soient équitablement dédommagées, le rôle des dozos clarifié, l'utilisation des armes réglementée et qu'enfin, un organe de prévention des conflits impliquant tous les acteurs soit mis en place.

Apportant son grain de sel, l'Association Wade Fube de Bobo-Dioulasso a, elle adressé une requête au Comité exécutif national du Mouvement burkinabé des droits de l'Homme et des peuples (MBDHP). Le dossier a été transmis au représentant du mouvement à Banfora qui, de l'avis de Monsieur Youssouf Diallo, s'est effectivement déplacé dans la zone de conflit pour toucher la réalité du doigt. Au plan judiciaire, c'est la Cour d'appel de Bobo-Dioulasso qui est territorialement compétente.

Il faut souhaiter que des initiatives soient hardiment prises, de part et d'autre, pour gérer au mieux des intérêts de tous et de la paix sociale nationale ce blues infernal. Les pouvoirs publics, la justice, la société civile, des personnes ressources, les personnalités morales… sont appelés, chacun en ce qui le concerne, à trouver l'indispensable compromis. 

Signé JJ

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