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La Transhumance Transfrontalière -- Rapport général de la rencontre de concertation sur la transhumance transfrontalière
Dori, Burkina Faso, les 19 et 20 décembre 2002


(Retour à la Transhumance Transfrontalière)

La campagne agro-pastorale a été marquée par un déficit fourrager et hydrique important dans la sous-région, notamment au Burkina Faso et au Niger. De ce fait, la transhumance transfrontalière entre ces deux pays est précoce et risque de provoquer de toute concertation et de mouvements de bétail pouvant engendrer des conséquences graves sur les relations entre transhumants et population résidents ainsi que sur l'environnement.

C'est pourquoi, les ministres chargés de l'Elevage du Burkina Faso et de la République du Niger ont initié une rencontre sur la transhumance frontalière entre les deux pays les 19 et 20 décembre 2002 à Dori.

Le présent rapport sera articulé comme suit:

  • Contexte de la rencontre;
  • Objectif;
  • Déroulement;
  • Annexe.

1. Contexte de la rencontre

La transhumance est une préoccupation majeure pour les Etats membres de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). En effet, les Etats ont déjà tenu plusieurs rencontres sur la transhumance. Il s'agit de:

la réunion des Ministres chargés de l'Elevage des Etats membres de la CEDEAO sur la transhumance, tenue à Ouagadougou, Burkina Faso les 9 et 10 octobre 2002;

la réunion des Experts des Etats membres de la CEDEAO sur la réglementation de la transhumance transfrontalière, tenue à Cotonou au Bénin du 13 au 17 novembre 2001;

la 33 e réunion du Conseil des Ministres des Etats membres du Conseil de l'Entente tenue à Niamey le 11 décembre 1998 relative à la réglementation de la transhumance. La rencontre des Ministres chargés de l'Elevage du Burkina Faso et de la République du Niger s'inscrit dans la droite ligne des politiques en matière de transhumance entreprises par les Etats membres de la CEDEAO.

2. Objectif de la rencontre

L'objectif de la rencontre de Dori est de permettre aux deux délégations de définir les modalités de mise en application des recommandations issues de la réunion des Ministres chargés de l'Elevage des Etats membres de la CEDEAO sur la transhumance d'une part, et d'autre part de réfléchir sur les conséquences de la situation préoccupante engendrée par le déficit fourrager et hydrique enregistré au niveau des deux pays en 2002.

3. Déroulement de la rencontre

Les deux délégations à cette première rencontre des Ministres chargés du Burkina Faso et de la République du Niger, étaient respectivement conduites par Son Excellence Alphonse D. BONOU, Ministre des Ressources Animales du Burkina Faso et par Son Excellence Koroney MAOUDE, Ministre des Ressources Animales du Niger.

Outre les deux chefs de délégation, ont pris par à cette réunion:

  • les Autorités Administratives et Coutumières de la Région de Tilabéri et de la province du Sénou;
  • les cadres Techniques Centraux et Régionaux des Ministères des Ressources Animales des deux pays;
  • les Représentants des Organisations d'Eleveurs;

La cérémonie d'ouverture sous la co-présidence des deux chefs de délégation a été ponctuée par trois allocutions. Dans son message, le Haut-commissaire de la province du Séno a souhaité la bienvenue aux deux délégations et s'est réjoui du choix de sa province pour abriter cette rencontre.

Dans leurs allocutions respectives, les deux chefs de délégation ont situé l'objet et le contexte dans lequel se tient la présente rencontre et ont mis l'accent sur la nécessité de renforcer la concertation au niveau bilatéral pour trouver des solutions durables concrètes pour leur mise en œuvre. La suite de la réunion a été marquée par la lecture des recommandations de la réunion des Ministres chargés de l'Elevage des Etats membres de la CEDEAO tenue à Ouagadougou les 9 et 10 octobre 2002; il s'agit de:

  • la prise en compte de tous les axes de transhumance existants dans la région;
  • la mise en place d'un système d'information et de communication sur la transhumance et la surveillance des maladies animales;
  • l'implication des éleveurs, des associations professionnelles et autres acteurs dans l'application de la décision des chefs d'Etat;
  • la conception et la mise en œuvre dans chaque Etat membre d'un programme d'aménagement pastoral (établissement d'une cartographie systématique des aires de pâturages, zones de transhumance et des réseaux hydrauliques);
  • la mise en place d'une stratégie régionale de gestion des ressources pastorales qui s'inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du Programme d'Action sous-régional de lutte contre la désertification (PASR) adopté par la Conférence des chefs et du gouvernement et des initiatives du Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique (NEPA) en Afrique de l'Ouest;
  • la mise en place au niveau des institutions spécialisées dans l'enseignement en matière d'élevage de la sous-région des programmes de formation sur le pastoralisme et l'agro-économie.

Après l'examen de ces recommandations, les débats qui ont suivi ont permis:

d'identifier les axes de transhumance transfrontalière existant suivant une carte de transhumance élaborée par la CEBV en 1987. Ces axes sont:

  • Sytenga (Burkina Faso)---Bankilaré (Niger)
  • Sebba (BF)---Doungouro (Niger)
  • Dogona---Téra (Niger)---Burkina
  • Tina Akoff Béli (BF)---Youmbam--- Gorouol---Bankilaré
  • Markoye (BF)---Dolbel---Bankilaré (Niger)
  • Falagounto (BF)---Amarssigué---Kourki---Bankilaré
  • Gothèye----Téra (Niger)---Sebba (BF)
  • Kantchari (BF)---Gothèye (Niger)
  • Markoye (BF)---Gothèye (Niger)
  • Une piste pour le commerce : Burkina Faso – Niger – Nigéria ;
  • Une piste pour le commerce: Niger – Burkina Faso –Togo ou Ghana

Cependant beaucoup de ces postes d'entrée et de sortie doivent être réactualisées à cause de leurs occupations par des champs et par des habitations.

Les deux délégations on fait chacune le point des aménagements pastoraux dans leurs pays respectifs (aires de pâturage, couloirs de passage, etc…).

Les Autorités coutumières, quant à elles, ont surtout évoqué les difficultés qu'elles rencontrent dans la gestion des conséquences de la transhumance à savoir:

  • la spoliation des bergers par les Forces de l'ordre ou de bandits armés;
  • les conflits entre éleveurs-agriculteurs et entre éleveurs-éleveurs;
  • le vol de bétail, surtout le vol à main armée entre le Mali et le Niger et le Burkina Faso.

Pour les organisations d'éleveurs, les deux Etats doivent revoir la question de la fiscalité (taxes douanières, autres taxes) pour les mettre de traverser la mauvaise campagne.

Poursuivant l'examen des recommandations, les deux chefs de délégation ont souhaité que les éleveurs soient toujours suffisamment informés sur la transhumance avant leur départ.

Concernant le Comité de suivi Ministériel de la transhumance, son existence est théorique. Néanmoins, pour les prochaines réunions une large participation est souhaitée.

A l'issue des débats, les deux chefs de délégation ont réaffirmé la volonté politique de leurs gouvernements à mettre en commun leurs efforts pour résoudre de façon durable les problèmes liés à la transhumance. Pour cela ils ont décidé de ce qui suit:

  • la création d'un cadre de concertation sur la transhumance entre les deux Etats dont les principaux organes seront la réunion des Ministres et le Comité techniques paritaire;
  • l'élaboration et la mise en œuvre d'un plan d'actions d'urgence pour la sauvetage du bétail au regard de la transhumance entre les deux pays. Ce plan devrait comporter les aspects suivants: la réalisation dans chaque pays d'un schéma directeur d'aménagement pastoral;
  • l'instauration d'un mécanisme de suivi des éleveurs transhumants dans les pays d'accueil;
  • la mise en place d'un système de circulation des informations zoo-sanitaires, relatives aux ressources pastorales et aux mouvements d'animaux;
  • la coordination des actions de lutte contre les épizooties;
  • la mise en place d'un système de rencontres périodiques pour faire le bilan et la programmation de la transhumance. Le recensement des textes législatifs et réglementaires sur la transhumance dans les deux pays;
  • le recensement des infrastructures existantes: points d'abreuvement, zones de pâture, pistes à bétail, marchés à bétail et autres infrastructures dans les deux pays.

Les deux délégations ont en outre convenu de:

  • l'élaboration et la mise en œuvre d'un projet sous-régional d'aménagement et de gestion des espaces pastoraux;
  • la tenue dans la deuxième quinzaine du mois de janvier 2003 de la première réunion du Comité Technique Paritaire à Tilabéri au Niger.

Les participants ont échangé sur les nombreuses difficultés rencontrées par les éleveurs dans le cadre de la transhumance transfrontalière. Ils ont en outre demandé aux deux ministres d'entreprendre une tournée d'information et de sensibilisation dans la sous-région au regard de la situation pastorale préoccupante dans les deux pays;

En plus de ces échanges en salle, les deux délégations ont pu visiter des réalisations et rencontrer des organisations d'éleveurs.

Visite de réalisations

La première visite a eu lieu dans le village de Yakouta à environ 20 km de l'Ouest de Dori où les deux délégations ont pu apprécier les efforts des éleveurs dans la résolution des problèmes alimentaires de leur bétail en saison sèche à travers la fauche et la conservation du fourrage naturel, la collecte et la conservation des résidus de récolte et la construction d'infrastructures de stockage.

La deuxième visite a concerné un site d'élevage de Zébu Azawak mené dans la commune de Dori par des éleveurs dans l'objectif d'améliorer la production laitière et la production de viande à travers le projet de soutien à la diffusion du Zébu Azawak (PSDZA).

Rencontres avec les organisations d'éleveurs

A l'assemblée générale de l'Association pour la Promotion de l'Elevage au Sahel et en Savane (APESS), des échanges fructueux entre les éleveurs et les deux ministres ont porté sur l'obligation pour les éleveurs de se munir de certificats internationaux ou nationaux de transhumance lors de leur déplacement, de vacciner leurs animaux et de respecter la réglementation en vigueur sur la transhumance dans les pays d'accueil.

En outre les éleveurs ont été informés de l'adoption par l'Assemblée nationale du Burkina Faso de la loi relative au pastoralisme au Burkina Faso. A la suite de l'entretien, les deux délégations ont visité un échantillon d'animaux de l'APSS.

A la fin des travaux, les deux délégations se sont engagées à tout mettre en œuvre pour appliquer les recommandations issues de cette rencontre. La délégation du Niger à la réunion a adressé une motion de remerciements aux populations et aux autorités administratives de la province du Séno, au gouvernement et au peuple burkinabè et plus particulièrement à Son Excellence, Monsieur Blaise Compaoré, Président du Faso pour l'accueil fraternel, chaleureux et l'hospitalité africaine qui lui a été réservé et les conditions de travail et de séjour très favorables mises à sa disposition.

Les participants à la réunion ont lancé un appel à tous les Etats membres de la CEDEAO pour qu'ils s'investissent davantage dans la mise en œuvre concertée des recommandations relatives à la gestion de la transhumance transfrontalière.

Fait à Dori le 20 décembre 2002

La Réunion


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